Résumés des mémoires

CANABAL, Manuela, "Laissons dire et faisons bien": La Placette de Pierre Braillard. Un projet d'urbanisme à Genève (1958-1967)

Avec ses presque quarante ans d'existence, La Placette - rebaptisée Manor en 2001- fait partie intégrante de la vie socio-économique et du paysage architectural genevois. Aujourd'hui véritable institution au sein du faubourg de Saint-Gervais, sa construction a toutefois suscité de tels remous que son existence a semblé compromise à de nombreuses reprises au fil des neuf ans nécessaires à l'aboutissement du projet. Celui-ci exigeait en effet la destruction de onze immeubles d'habitation alors qu'une grave crise du logement sévissait à Genève. Le projet a donc rencontré une vive contestation auprès des locataires - d'autant plus que ces bâtisses abritaient une population des plus modestes qui peinait à se reloger ailleurs - ainsi que des petits commerçants dont les arcades étaient également menacées. Progressivement, l'ensemble du quartier - voire de la Ville - en est venu à se mobiliser grâce au soutien actif du parti du Travail et aux nombreux articles que la presse locale a consacrés à l'affaire. L'élite intellectuelle genevoise a elle aussi pris parti contre l'édification de La Placette, visiblement sans succès, et ce n'est pas sans amertume qu'elle a dû se résoudre à voir démolie la maison où vécut pendant quatre ans Jean-Jacques Rousseau. C'est pourtant au numéro 28 de la rue de Coutance que le philosophe s'est éveillé au civisme ; le souvenir en est encore conservé aujourd'hui sur la façade du grand magasin : Mon père, en m'embrassant, fut saisi d'un tressaillement que je crois sentir et partager encore : Jean-Jacques, me disait-il, aime ton pays. Malgré de nombreux contrecoups et une bataille politico-juridique acharnée, La Placette a finalement vu le jour avec le succès que l'on sait et a permis à un quartier périclitant de renouer avec la prospérité.

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